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 les textes de la séquence 5 (l'autobiographie)

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elsa

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MessageSujet: les textes de la séquence 5 (l'autobiographie)   Jeu 8 Juin - 14:26

Incipit d’Enfance de Nathalie Sarraute

- Alors, tu vas vraiment faire ça ? « Évoquer tes souvenirs d’enfance » ... Comme ces mots te gênent, tu ne les aimes pas. Mais reconnais que ce sont les seuls mots qui conviennent. Tu veux « évoquer tes souvenirs »... il n’y a pas à tortiller, c’est bien ça.

- Oui, je n’y peux rien, ça me tente, je ne sais pas pourquoi...

- C’est peut-être... est-ce que ce ne serait pas... on ne s’en rend parfois pas compte... c’est peut-être que tes forces déclinent...

- Non, je ne crois pas... du moins je ne le sens pas...

- Et pourtant ce que tu veux faire... « évoquer tes souvenirs » ... est-ce que ce ne serait pas...

- Oh, je t’en prie...

- Si, il faut se le demander : est-ce que ce ne serait pas prendre ta retraite ? te ranger ? quitter ton élément, où jusqu’ ici, tant bien que mal…

- Oui, comme tu dis, tant bien que mal...

- Peut-être, mais c’est le seul où tu aies jamais pu vivre...celui...

- Oh, à quoi bon ? je le connais.

- Est-ce vrai ? Tu n’as vraiment pas oublié comment c’était là-bas ? comme là-bas tout fluctue, se transforme, s’échappe. . . tu avances à tâtons, toujours cherchant, te tendant... vers quoi ? qu’est-ce que c’est ? ça ne ressemble à rien…personne n’en parle…ça se dérobe, tu l’agrippes comme tu peux, tu le pousses…où ? n’importe où, pourvu que ça trouve un milieu propice où ça se développe, où ça parvienne peut-être à vivre… Tiens, rien que d’y penser...

- Oui, ça te rend grandiloquent. Je dirai même outrecuidant. Je me demande si ce n’est pas toujours cette même crainte… Souviens-toi comme elle revient chaque fois que quelque chose encore informe se propose... Ce qui nous est resté des anciennes tentatives nous paraît toujours avoir l’avantage sur ce qui tremblote quelque part dans les limbes…

- Mais justement, ce que je crains, cette fois, c’est que ça ne tremble pas… pas assez... que ce soit fixé une fois pour toutes, du « tout cuit », donné d’avance...

- Rassure-toi pour ce qui est d’être donné... c’est encore tout vacillant, aucun mot écrit, aucune parole ne l’ont encore touché, il me semble que ça palpite faiblement… hors des mots… comme toujours des petits bouts de quelque chose d’encore vivant... je voudrais, avant qu’ils disparaissent...laisse-moi...

- Bon. Je me tais…d’ailleurs nous savons bien que lorsque quelque chose se met à te hanter…

- Oui, et cette fois, one ne le croirait pas, mais c’est de toi que me vient l’impulsion, depuis un moment déjà tu me pousses…

- Moi ?

- Oui, toi par tes objurgations, tes mises en garde…tu le fais surgir…tu m’y plonges…
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elsa

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MessageSujet: Re: les textes de la séquence 5 (l'autobiographie)   Jeu 8 Juin - 14:26

« Tropisme de l’enfance » de Nathalie Sarraute

« Nein, das tust du nicht »…« Non tu ne feras pas ça »…les voici de nouveau, ces paroles, elles se sont ranimées, aussi vivantes, aussi actives qu’à ce moment, il y a si longtemps, où elles ont pénétrée en moi, elles appuient, elles pèsent de toute leur puissance, de toute leur énorme poids… et sous leur pression quelque chose en moi d’aussi fort, de plus fort encore se dégage, se soulève, s’élève… les paroles qui sortent de ma bouche le portent, l’enfoncent là-bas… « Doch, Ich werbe es tun. » « Si, je le ferai. »

« Nein, das tust du nicht. » « Non, tu ne feras pas ça… » ces paroles viennent d’une forme que le temps a presque effacée… il ne reste qu’une présence… celle d’une femme assise au fond d’un fauteuil dans le salon d’un hôtel où mon père passait seul avec moi ses vacances, en Suisse, à Interlaken ou à Beatenberg, je devais avoir cinq ou six ans, et la jeune femme était chargée de s’occuper de moi et de m’apprendre l’Allemand… Je la distingue mal…mais je vois distinctement la corbeille à ouvrage posée sur ses genoux et sur le dessus une paire de grands ciseau d’acier… et moi … je ne peux pas me voir, mais je le sens comme si je le faisais maintenant… je saisis brusquement les ciseaux, je les tiens serrés dans ma main…des lourds ciseaux fermés… je les tends la pointe en l’air vers le dossier d’un canapé recouvert d’une délicieuse soie à ramage, d’un bleu un peu fané, aux reflets satinés… et je dis en allemand… « Ich werde es zerreissen. »

- En allemand… Comment avais-tu pu si bien l’apprendre ?
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MessageSujet: Re: les textes de la séquence 5 (l'autobiographie)   Jeu 8 Juin - 14:27

« Souvenir d’enfance chez l’oncle Gricha » de Nathalie Sarraute


Je suis assise près de maman dans une voiture fermée tirée par un cheval, nous cahotons sur une route poussiéreuse. Je tiens le plus près possible de la fenêtre un livre de la bibliothèque rose, j’essaie de lire malgré les secousses, malgré les objurgations de maman : « Arrête-toi maintenant, ça suffit, tu t’abîme les yeux… »
La ville où nous nous rendons porte le nom de Kamenetz-Podolsk. Nous y passerons l’été chez mon oncle Gricha Chatounovski, celui des frères de maman qui est avocat.
Ce vers quoi nous allons, ce qui m’attend là-bas, possède toutes les qualités qui font de « beaux souvenirs d’enfances »…de ceux que leurs possesseurs exhibent d’ordinaire avec certaine nuance de fierté. Et comment ne pas s’enorgueillir d’avoir eu des parents qui ont pris soin de fabriquer pour vous, de vous préparer de ces souvenirs en tout point conformes aux modèles les plus appréciés, les mieux côtés ? J’avoue que j’hésite un peu…

- Ca se comprend… une beauté si conforme aux modèles… Mais après tout, pour une fois que tu as cette chance de posséder, toi aussi, des ces souvenirs, laisse-toi aller un peu, tant pis, c’est si tentant…

- Mais ils n’étaient pas faits pour moi, ils m’étaient juste prêtés, je n’ai pas pu en goûter que des parcelles…

- C’est peut-être ce qui les a rendus plus intenses… Pas d’affadissement possible. Aucune accoutumance…

- Oh pour ça non. Tout a conservé son exquise perfection : la vaste maison familiale pleine de recoins, de petits escaliers… la « salle », comme on les appelait dans la maison de la vieille Russie, avec un grand piano à queue, des glaces partout, des parquets luisants, et tout le long des murs des chaises couvertes de housses blanches… La longue table de la salle à manger où à chacun des bouts sont assis, se faisant face, se parlant de loin, se souriant, le père et la mère, entre leurs quatre enfants, deux garçons et deux filles… Après le dessert, quand ma tante a donné aux enfants la permission de sortir de table, ils s’approchent de leurs parents pour les remercier, ils leur baisent la main et ils reçoivent sur la tête, sur leur joue un baiser… J’aime prendre part aussi à cette amusante cérémonie…
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MessageSujet: Re: les textes de la séquence 5 (l'autobiographie)   Jeu 8 Juin - 14:28

Les Confessions de Rousseau, I (1765-1770)

Intus, et in Cute (1)

Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai ce livre à la main me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouter de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent (2), ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur (3) tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables : qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité ; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : je fus meilleur que cet homme-là.

1- « Intérieurement et sous la peau » (Perse, satires, 3)
2- Sans importance.
3- Ma vie intérieure.
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MessageSujet: Re: les textes de la séquence 5 (l'autobiographie)   Jeu 8 Juin - 14:28

L’AUTOBIOGRAPHIE EN FRANCE

Définition

Définition : nous appelons autobiographie le récit rétrospectif en prose que quelqu’un fait de sa propre existence, quand il met l’accent principal sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité.

Cette définition met en jeu des éléments qui appartienne à trois catégories différentes :
1. La forme du langage : a) récits ;
b) en prose.
2. Le sujet traité : vie individuelle, histoire d’une personnalité.
3. La situation de l’auteur : a) identité de l’auteur, du narrateur et du personnage ;
b) perspective rétrospective du récit.

Est une autobiographie toute œuvre qui remplit à la fois les conditions indiquées pour chacune des catégories. On peut préciser cette définition en opposant l’autobiographie à d’autres genres littéraires voisins qui remplissent seulement une partie de ces conditions : les mémoires ne remplissent pas la condition de la catégories (2), le roman autobiographique celle de (3a), le poème autobiographique celle de (1b), le journal intime celle de (3b). Mais ces conditions sont plus faciles à faire en théorie qu’en pratique. Même en théorie, elles soulèvent bien des difficultés. Nous allons reprendre une à une les principales oppositions qui définissent l’autobiographie à la fois pour les préciser, et pour expliquer pourquoi nous avons été amené à exclure du corpus répertorié tel ou tel type d’écrits.

Philippe Lejeune
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MessageSujet: Re: les textes de la séquence 5 (l'autobiographie)   Jeu 8 Juin - 14:29

Première tentative d’écriture de Nathalie Sarraute

- Bon, « l’oncle » ouvre le cahier à la première pas… les lettres à l’encre rouges ont très gauchement tracées, les lignes montent et descendent… Il les parcourt rapidement, feuillette plus loin, s’arrête de temps en temps… il a l’air étonné…il à l’air mécontent… Il referme le cahier, il me le rend et il dit « Avant de se mettre à écrire un roman, il faut apprendre l’orthographe… »

J’ai remporté le cahier dans ma chambre, je ne sais plus ce que j’en ai fait, en tout cas il a disparu, et je n’ai plus écrit une ligne…

- C’est un des rares moments de ton enfance dont il t’est arrivé parfois, bien plus tard, de parler…

- Oui, pour répondre, pour donner des raisons à ceux qui me demandaient pourquoi j’ai tant attendu avant de commencer à « écrire »… C’était si commode, on pouvait difficilement trouver quelque chose de plus probant : un de ces magnifiques « traumatismes de l’enfance »…

- Tu n’y croyais pas vraiment ?

- Si, tout de même, j’y croyais… par conformisme. Par paresse. Tu sais bien que jusqu’à ces derniers temps je n’ai guère été tentée de ressusciter les événements de mon enfance. Mais maintenant, quand je m’efforce de reconstituer comme je peux ces instants, ce qui me surprend d’abord, c’est que je ne retrouve pour ainsi dire pas de colère ou de rancune contre « l’oncle ».

- Il a dû y en avoir pourtant… Il avait été brutal…

- C’est sûr. Mais elle s’est probablement très effacée et ce que je parviens à retrouver, c’est surtout une impression de délivrance… un peu comme ce qu’on éprouve après avoir subi une opération, une cautérisation, une ablation douloureuses, mais nécessaires, mais bienfaisantes…

- Il n’est pas possible que tu l’aies perçu ainsi le moment…

- Evidemment. Cela ne pouvait pas m’apparaître tel que je le vois à présent, quand je m’oblige à cet effort… dont je n’étais pas capable…quand j’essaie de m’enfoncer, d’atteindre, d’accrocher, de dégager ce qui est resté là, enfoui.
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